THS et mammographie : un dépistage sur mesure

Les traitements substitutifs de la ménopause (THS) ont une action connue sur le sein : ils augmentent leur densité, et cela gêne parfois la lecture des clichés de mammographie. Mais dans quelles proportions ? Cela peut-il affecter le dépistage du cancer du sein ? Tous les THS ont-ils le même impact ? Le point avec le Dr David Elia, gynécologue.

Comment les THS jouent-ils sur la densité mammaire ?Dr David Elia : Les traitements hormonaux substitutifs classiques de la ménopause, à base d’oestrogènes seuls ou qui associent oestrogènes et progestérone, ont un impact sur tout le corps et notamment sur les seins. La glande mammaire, sensible à ces hormones, va être stimulée et va alors devenir plus dense, ce qui est visible sur les radios de mammographie. On estime ainsi qu’environ 50 % des femmes prenant un THS classique après 50 ans ont des seins plus denses que les femmes qui ne prennent pas de traitement. Cela dépend bien sûr du THS : l’augmentation de densité est fonction de la quantité et de la qualité des hormones présentes dans le médicament, mais aussi de la fréquence de la prise, et de la molécule. Enfin, l’impact est différent selon les femmes.Quel impact cette augmentation de densité mammaire a-t-elle sur la lecture de la mammographie ? Dr David Elia : Il faut savoir qu’à 20 ans, la glande mammaire est extrêmement dense et donc quasiment illisible à la mammographie : il est presque impossible d’y déceler des anomalies. Normalement, avec l’âge, la glande mammaire s’appauvrit, le tissu graisseux augmente, et le sein devient plus lisible. Sauf pour certaines femmes traitées après la ménopause. Depuis une dizaine d’années, des études ont montré que les seins des femmes traitées par un THS classique sont effectivement moins lisibles à la mammographie car plus denses. L’augmentation de densité mammaire pourrait alors diminuer la performance du dépistage mammographique. En d’autres termes, il est souvent plus aisé de dépister un tout début de cancer du sein chez les femmes non traitées que chez les femmes traitées par THS après la ménopause. Encore une fois, ce constat est relatif : chez certaines femmes, la glande mammaire n’est pas plus dense sous THS, et certaines augmentations de densité ne gênent pas la lecture. Cela dépend aussi du type de THS.Tous les THS ont-ils le même effet sur la densité des seins ? Dr David Elia : Non. A côté des THS classiques à base d’oestrogènes seuls ou associant oestrogènes et progestérone, il existe une autre molécule, la tibolone, qui est une variante d’un THS. Elle agit de la même manière, et est efficace sur tous les symptômes indésirables de la ménopause s’ils sont présents (bouffées de chaleur, sécheresse vaginale, etc.), mais de récentes études ont montré qu’elle ne modifiait pas significativement la densité mammaire. Elle pourrait donc rendre plus lisible la mammographie. En effet, cette molécule originale libère des hormones qui ne stimulent pas ou peu la glande mammaire. Elle entraîne donc moins de gêne pour le radiologue vis-à-vis du dépistage du cancer du sein, et permet de limiter le risque de passer à côté d’un début de cancer. L’impact réel de cette molécule sur le risque de cancer du sein n’est pas encore totalement établi, cependant des études cliniques prometteuses visant à prouver qu’elle n’augmente pas le risque de cancer sont en cours, et les résultats sont attendus d’ici 2 ou 3 ans.Comment ces différences de densité mammaire peuvent-elles affecter le dépistage du cancer du sein ?
Dr David Elia : Les répercussions de l’augmentation de la densité des seins sur la mammographie ne doivent pas être exagérées. Car s’il est vrai que la gêne liée à une forte densité mammaire pourrait être responsable d’un retard au diagnostic, il ne faut pas être trop manichéen : les femmes qui suivent un traitement après la ménopause sont mieux suivies, vont régulièrement consulter leur médecin et font des mammographies tous les 18 mois ou tous les 2 ans. Les femmes sans THS sont bien moins bien surveillées (ou pas du tout !), et ont donc beaucoup moins de mammographies. Même si les raisons sont différentes, il existe donc souvent un retard au diagnostic chez les femmes qui ne sont pas sous THS.
D’autre part, on ne peut attribuer toutes les responsabilités à la densité mammaire. Ce qui est primordial pour un bon diagnostic, c’est la bonne lecture de la mammographie. En sachant si la patiente est sous THS ou non, les radiologues peuvent adapter la lecture du cliché. Enfin, certains appareils sont aujourd’hui très performants ; les mammographies numérisées permettent notamment de voir plus loin et mieux, avec des sensibilités diagnostiques remarquables. Elles peuvent être aussi un moyen de pallier l’augmentation de densité mammaire induite par les traitements hormonaux.
Propos recueillis par Hélène Jolly, le 28 juillet 2005Click Here: geelong cats guernsey 2019

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *