Chirurgie ambulatoire : le virage s'accélère en cancérologie du sein

Se faire opérer d’un cancer du sein et rentrer chez soi le soir même : cette pratique encore fébrile il y a quelques années se développe pour des raisons notamment économiques. Thématique fil rouge des Entretiens de Bichat, événement médical qui réunit chaque année des milliers de professionnels de santé, la chirurgie ambulatoire fera l’objet d’une présentation par les équipes médicales de l’Institut Gustave-Roussy à Villejuif, qui livrent les premiers bilans positifs de ce mode d’hospitalisation expérimenté depuis plusieurs années auprès de femmes opérées d’un cancer du sein.

En 2016, 25% des opérations du cancer du sein en France étaient réalisées en ambulatoire.

Cancer du sein : l’essor de la chirurgie ambulatoireEn 2010, seulement 5% des opérations du cancer du sein en France étaient réalisées en ambulatoire, c’est-à-dire sans hospitalisation de nuit, mais ce chiffre est passé à près de 25% l’an dernier, selon l’organisme Unicancer.La chirurgie ambulatoire est fortement encouragée par le gouvernement, qui y voit un levier pour réaliser des économies. Dans le cadre du plan cancer présenté en 2014, il estime que cette pratique “pourrait concerner 50% de la chirurgie des cancers du sein” d’ici 2020.En 2016, 53% des interventions chirurgicales tous domaines confondus ont été réalisées sans que le patient reste la nuit à l’hôpital, selon le ministère de la Santé qui s’appuie sur un nouveau périmètre de calcul (48,5% avec l’ancien) incluant des interventions auparavant considérées comme relevant du champ interventionnel ou obstétrical.

Ce mode d’hospitalisation est proposé depuis plusieurs années à l’institut Gustave-Roussy à Villejuif dans 20 à 25% des cas de chirurgie du sein, notamment les cas de tumorectomie, prélèvement du ganglion sentinelle (celui qui draine la tumeur), changement de prothèse mammaire, ou des gestes d’amélioration esthétique tels le “lipofilling” ou les reconstructions mammaires.D’après les cadres infirmiers qui livreront leurs observations dans le cadre des Entretiens de Bichat, qui se tiendront du 5 au 7 octobre prochain à Paris, ce mode d’hospitalisation montre des avantages en termes de réduction des risques d’infections nosocomiales et d’absence de surrisque pour les patientes. Par ailleurs, le taux de satisfaction serait élevé chez les femmes opérées, selon les équipes hospitalières.Le lendemain de l’intervention, la patiente est contactée par une infirmière afin de s’assurer des bonnes suites opératoires, indique l’institut Gustave-Roussy.Encore des inquiétudes sur les suites opératoiresLes principales inquiétudes vis-à-vis de la chirurgie ambulatoire chez les Français portent en effet sur la suite des soins. Si la majorité semble préférer le retour à domicile après une intervention (53%), ils sont aussi nombreux à espérer davantage de suivi après leur retour à la maison.C’est pourquoi ce type de chirurgie nécessite une éducation des patientes et de leur entourage. Quatre principales étapes caractérisent le parcours en chirurgie mammaire ambulatoire : une évaluation préopératoire, la phase opératoire, la phase d’autorisation de sortie le jour même, et le suivi de la patiente dans les 24 heures, soulignent les équipes de l’institut Gustave-Roussy qui opèrent 2.000 patientes chaque année et pratiquent près de 500 reconstructions mammaires.D’un point de vue logistique, il reste du chemin pour que l’exemple de Gustave-Roussy s’applique à d’autres hôpitaux en France. Tous les établissements ne disposent pas de service de radiologie et de scintigraphie dans leurs murs permettant la prise en charge sur une seule journée.Selon l’Association française de chirurgie, réunie en congrès annuel du 27 au 29 septembre, à la Porte Maillot à Paris, quatre gestes opératoires ont encore un taux de chirurgie ambulatoire inférieur à 50%. Il s’agit de la chirurgie du sein, chirurgie ORL, chirurgie anale hors tumeur, coelioscopie gynécologique. À l’opposé, six gestes marqueurs observent un taux de plus de 80% (phimosis, canal carpien, extractions dentaires multiples, cataracte, dupuytren et varices).Cancer le plus fréquent chez les femmes, le cancer du sein cause encore près de 12.000 décès chaque année.

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