Cannes 2015 : Le féminisme d’Isabelle Huppert “consiste à être au centre”

Isabelle Huppert et Sylvie Pialat étaient présentes à la conférence Women in motion, série de rencontres centrée sur la place des femmes dans le cinéma. L’occasion pour les célèbres actrice et productrice de nous parler de leur vision et leur trajet.

Le cinéma, un univers misogyne ?
Je n’ai jamais choisi un projet parce que c’était une femme ou un homme qui le réalisait

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Sylvie Pialat, productrice de Valley of Love, Timbuktu… : Les chiffres du CNC sur la représentativité des femmes, notamment réalisatrices, dans l’industrie du cinéma ne m’intéressent pas. Je n’ai jamais choisi un projet parce que c’était une femme ou un homme qui le réalisait. Il faut que les choses se fassent naturellement et les temps changent. De même, la féminisation des noms pour les métiers du cinéma est un combat d’arrière-garde pour moi. Les vrais combats, pour moi, sont ceux du salaire égal à travail égal. Le seul endroit où le manque de femmes peut être problématique, ce sont dans les conseils d’administration car certains sujets pourraient ne pas être abordés.

Je sais débusquer la misogynie là où elle est le plus insidieuse….

Isabelle Huppert : Il y a bien une misogynie au travail, dans beaucoup de domaines, mais il est intéressant de souligner qu’elle est parfois subtile, plus insidieuse et ne vient pas forcément de là où on l’attend. En particulier lorsque les femmes elles-mêmes reprennent des arguments qu’on attribuerait plutôt aux hommes. Attention aussi à ne pas stigmatiser ce qu’on aimerait dénoncer. Nathalie Sarraute disait notamment qu’il n’y avait pas de littérature féministe, allant ainsi contre une manière clivée de présenter les choses et qui finit par être plutôt dommageable. J’ai beaucoup aimé le discours de Patricia Arquette lorsqu’elle a reçu son Oscar. Je sais débusquer la misogynie là où elle est le plus cachée.

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Sylvie Pialat : Le souci c’est que le féminisme a généré une copie de l’homme. Moi j’aime les femmes d’abord, je les aime belles et intelligentes. Il y a toute une catégorie de femmes qui est née après les années 70 que je n’aime pas du tout. Ce sont elles qui, quand vous entrez dans une pièce, vous crèvent de flèches. C’est pour moi le combat le plus ridicule qui soit.

Un manque de rôle pour les femmes ?

Attention à ne pas stigmatiser en dénonçant ce que l’on pointe

Isabelle Huppert : Je ne pense pas que la plupart des rôles ne soient pas faits pour les femmes, ce n’est pas mon sentiment franchement, et je trouve qu’il y a une manière de stigmatiser en dénonçant ce que l’on pointe. La misogynie pointe dans cette manière de projeter sur les actrices une anxiété, une angoisse. Peut être qu’aux Etats-Unis, c’est différent. Je suis aussi une privilégiée, je le sais. Disons qu’il y a un cinéma officiel, un peu plus au pouvoir, où c’est peut être le cas, mais comme je me définie par un cinéma d’auteur qui offre aux femmes des regards sur le monde que les hommes pourraient nous envier car ils sont subtils.

Mon féminisme à moi, ça a toujours été d’être au centre. 

Isabelle Huppert : Mon féminisme à moi, ça a toujours été d’être au centre. Pas forcément triompher ou exprimer une puissance, au contraire, il s’agissait surtout d’exprimer une faiblesse. La faiblesse à ne pas cultiver ce sont les rôles de femmes qui cavalent derrière un homme. Être au centre en exprimant sa fragilité c’est l’essentiel.

Sylvie Pialat : Sans doute dans les négociations, l’argent avec les financiers, je pense m’arrêter là où les hommes continuent donc j’ai un peu moins. Je ne vais pas au combat de coq, je n’ai pas envie non plus d’être l’hystérique de service, qualificatif qui guette souvent la femme, qui manque de choix à ce niveau-là. Je suis en revanche très à l’aise d’être une femme pour produire. J’aime être une femme, ça me plait beaucoup.

Gérard Depardieu et Isabelle Huppert ont été payés de la même manière pour Valley of love

Isabelle Huppert : Je n’ai jamais subi de discrimination dans mon métier d’actrice, puisque ce n’est quand même pas un homme qui va me piquer mes rôles ! Cela dit, j’aimerais incarner un homme un jour, oui, n’importe lequel ! Un flic peut être !

Sinon, il est vrai qu’on a peut être tendance à faire parfois des plans plus longs sur les hommes que sur les femmes ! Je note ça ! Mais encore une fois c’est difficile à déceler. Difficile de le souligner aussi car on va me prendre pour une folle à chronométrer les plans ! Après, est-ce dû au fait que le désir vient de la frustration. Dans les grands films mythiques de l’Âge d’Or Hollywoodien, l’actrice est objet de désir, moins montré.

Je pense qu’il est plus difficile d’être acteur que d’être actrice. Dans l’exercice de ce qu’on fait, il est plus facile pour nous d’accepter de ne pas prendre le pouvoir. Le rapport de force entre hommes est plus difficile à gérer.

Sylvie Pialat : Gérard Depardieu et Isabelle Huppert ont été payé de la même manière pour Valley of Love. J’ai toujours fait ça entre deux vedettes. Il y a une histoire de notoriété bien sûr et il est vrai qu’à notoriété égale, les femmes sont nettement moins bien payées que les hommes ! Isabelle est une grande lutteuse, quelqu’un qui a instauré pour elle un statut très particulier de l’actrice. Elle cède sur très peu de choses, ce qui installe quelque chose et confère un respect obligatoire. Même si ça vous fait chier, elle a raison. Elle est un modèle pour les comédiennes, là-dessus aussi. Elle se livre au metteur en scène autant qu’elle est active autour du film. Isabelle dans son métier n’est pas la même qu’en privé.   

Il y a un regard féminin mais ça n’a rien à voir avec un cinéma féminin

Sylvie Pialat : Je ne sais pas s’il y a un cinéma féminin ou masculin mais par exemple, dans le film de Maïwenn que je n’ai pas vu, je décèle dans les extraits un Vincent Cassel animal, comme il peut l’être dans la vie. Il n’est pas comme ça dans tous les films et l’est enfin peut être là parce que c’est une femme qui le filme. Peut être. Mais ça n’a rien à avoir avec un cinéma féminin.

Isabelle Huppert : Si vous projetez un film de femme et un film d’homme et demandez aux spectateurs de deviner, ça ne marchera pas à tous les coups.

Sylvie Pialat : Je ne travaille qu’avec des hommes quasiment et j’ai d’ailleurs commencé avec quatre hommes, je les appelais les garçons. Oui aux postes de commande, ce sont à 90% des hommes mais je n’en souffre pas. Ce qui peut faire la différence dans mon métier entre un homme et moi en tant que femme, c’est le rapport au plaisir dans le métier. La plupart des hommes font ce métier pour un plaisir très tardif qui n’arrive généralement pas, c’est à dire au moment de la sortie du film, alors que moi je sais qu’il faut prendre plaisir avant et ne voir la sortie que comme la cerise sur le gâteau. Cela dit c’est Daniel Toscan du Plantier qui m’a appris ça, donc vous voyez.

De l’espoir pour les Women in motion ?

Sylvie Pialat : A la Fémis, tous les ans il y a plus de filles que l’année d’avant. Tout se fait naturellement. Elles font des films, elles sont là. Ce n’est pas simple de faire un film, il faut avoir du souffle, rester, rebondir. Produire également, c’est éreintant, fatigant. 

Au dîner Kering (organisateur des conférences Women in Motion), il était étonnant de voir que la plupart des “femmes en mouvement” ne pouvaient pas marcher avec leurs talons. Ne s’était-on pas libéré de la dictature de la chaussure ? Des corsets aussi? Tout ceci est drôle. Souvent femme varie, dirons nous.

“Valley of Love”, produit par Sylvie Pialat et avec Isabelle Huppert :

Valley Of Love Bande-annonce VF

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