Fabrice Luchini, monsieur “millions” du Box Office français

Fabrice Luchini vient de remporter le prix d’interprétation masculine à la 72e Mostra de Venise pour son rôle dans “L’hermine”. Une juste récompense pour cet acteur à la faconde inimitable qui reste une valeur très sûre du Box Office français.

Aussi étonnant que cela puisse paraître, le dernier trophée remporté par Fabrice Luchini a plus de 20 ans, puisqu’il s’agit de son César du Meilleur Acteur dans un Second Rôle grâce à Tout ça… pour ça !, en 1994. Ce samedi, le comédien a mis fin à cette disette en décrochant la Coupe Volpi du Meilleur Acteur de la 72ème Mostra de Venise pour L’Hermine de Christian Vincent, également lauréat du Prix du Meilleur Scénario, remis par le Jury d’Alfonso Cuaron.

A cette occasion, nous remettons en avant le portrait que nous avions consacré à ce brillant acteur, bateleur hors pair à la faconde inimitable, qui reste toujours une valeur très sûre du Box Office français.

“Je suis condamné à transformer mon travail en événement…”

L’homme peut agacer, notamment ceux qu’il horripile à force d’émailler ses propos de citations, dans un style maniéré. Et il y a ceux qui louent l’acteur, bateleur hors pair à la faconde inimitable capable de parler avec autant de verve de politique, de cinéma, et bien entendu de littérature – Céline en tête. A chaque tournée promotionnelle, que ce soit pour une pièce de théâtre, un One Man Show littéraire ou un film, les Médias -en particulier les chaînes de TV- se l’arrachent et l’écoutent avec gourmandise. Car Fabrice Luchini est un bon client, un authentique Show Man, capable de délivrer un formidable service après-vente auprès d’un public déjà plus ou moins conquis d’avance. Et surtout très fidèle.

L’intéressé affirme pourtant ne prendre aucun plaisir dans cet exercice promotionnel : “si tourner des films n’est pas un souci, en parler quand ils sortent devient problématique. Je suis condamné à transformer mon travail en événement. Comme j’ai du métier, je sais le faire et les gens en redemandent, mais je ne m’y plie jamais avec le sourire” déclare l’acteur dans une récente interview accordée à l’Express.

“Fabrice Luchini jouit effectivement d’une grande popularité auprès du public français” nous confie Kevin Bertrand, journaliste au sein de la revue spécialisée Le Film français. “Excepté Astérix et Obélix au service de sa majesté qui est un peu à part dans sa filmographie, ses cinq derniers films, qui ont tous enregistré plus d’un million d’entrées, avaient la “particularité d’être des films d’art et essai porteurs, c’est-à-dire des films classés “art et essai” mais qui ont un potentiel commercial important, et peuvent s’illustrer aussi bien dans des multiplexes où ils tirent généralement la majorité de leurs entrées, que dans des salles d’art et essai indépendantes”.

Philippe Arnera, exploitant du Cinéma Pax, une salle justement classée “Art & Essai” de 230 places située en Bretagne, ne dit pas autre chose : “Fabrice Luchini est un des rares comédiens dont les choix de scénarii collent à 100% avec notre ligne éditoriale. A part Le Point sur Robert et En compagnie d’Eric Rohmer, tous ses films depuis 2004 ont été projetés sur notre écran. Ses films réalisent des scores systématiquement élevés chez nous. Pour l’avant-première que nous avons organisé pour Gemma Bovery par exemple, près d’un mois avant sa sortie, on a fait 184 entrées”. Et de glisser : “en interne, on plaisante même sur le fait que le jour où Catherine Frot, notre autre comédienne port-bonheur, tournera avec Fabrice Luchini, nous serons obligés de vendre deux places par fauteuil ! Donc pour nous, Fabrice Luchini est un vrai talisman !”

Quid du côté des multiplexes ? Même son de cloche, comme celui de Mathieu Ménard, exploitant du Cinéville de Laval : “nous programmons en sortie nationale tous les films avec Fabrice Luchini, qui font toujours en règle générale, l’objet d’un plan de sortie conséquent. Si je me réfère à la liste de ses films ces 8 dernières années, on les a tous passés. Si j’écarte le cas d’Astérix, le record chez nous est détenu par Potiche de François Ozon, avec 6650 entrées. Les femmes du 6e étage de Philippe le Guay a fait 6559 entrées”.

La relation entre ce metteur en scène et l’acteur est d’ailleurs au beau fixe depuis 1995 sur L’Année Juliette. En 2011, leur collaboration a donné Les femmes du 6e étage; gros carton au BO avec plus de 2,27 millions d’entrées. Rien qu’en première semaine d’exploitation France, le film était déjà à plus de 502.000 entrées, avec une moyenne de plus de 1800 spectateurs / copie. Deux ans plus tard, les deux récidivent leur Hold-Up avec Alceste à bicyclette, une adaptation libre du Misanthrope de Molière, à priori casse-gueule. Mais le public, lui, applaudit, avec 1.169.338 entrées.

Luchini, le coureur de fond du Box Office français

Qu’on adore ou déteste Fabrice Luchini, c’est un fait : c’est un champion du Box office français, mais à la manière d’un coureur de fond et non d’un sprinteur. Car son succès s’inscrit dans la durée, soit 40 ans, depuis la sortie en 1974 de Contes immoraux qui cumulait déjà à l’époque 1 134 000 entrées. Même un film largement oubliable comme Emmanuelle 4, que l’acteur assume totalement du reste, a fait à sa sortie en 1984 pas moins de 1.277.144 entrées. En prenant en compte ses onze derniers films, Fabrice Luchini a attiré en moyenne 1,4 millions de spectateurs, l’équivalent d’un Jean Dujardin par exemple.

Sur l’ensemble des films dans lesquels Luchini a tourné, voici son top 10 en nombre d’entrées, hors Astérix et Obélix au service de sa majesté, qui, malgré ses 3 795 103 entrées, ne fait pas partie du “Pedigree” de la fimographie de l’acteur. 

Et les contre-performances au Box-Office ? Il est difficile d’en trouver beaucoup dans sa fimographie. Il y a bien Un air si pur en 1997, une comédie dramatique réalisée par Yves Angelo ayant pour toile de fond la Première guerre mondiale. Luchini était tête d’affiche, aux côtés d’un autre acteur plutôt solide, André Dussolier. Le film n’a pourtant attiré que 27033 spectateurs. Autant dire une gifle cinglante. On peut également citer Pas de scandale en 1999, qui n’a attiré “que” 279.833 spectateurs, malgré la présence à l’affiche de Vincent Lindon et Isabelle Huppert. La Cloche a sonné, en 2005, peut aussi être considéré comme un échec : à peine 218.613 entrées, pour un film qui avait coûté 7 millions €, et doté d’un solide casting (Amira Casar, Valérie Bonneton, Elsa Zylberstein et François Cluzet).

“Je ne m’explique pas complètement mon succès, même si évidemment c’est plus agréable que de ramer” disait Fabrice Luchini dans une interview en 2013. Et, fidèle à lui-même et à sa marque de fabrique, d’achever sa phrase avec une citation dont il a le secret : “Comme le disait Jean Cocteau, tout succès est un malentendu”.

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