Lettre de Gene Kelly à sa fille Kerry : “Et Kerry, s’il te plaît, pour l’amour du Ciel, aie le sens de l’humour”

Lorsque les talents du cinéma prennent la plume pour écrire, ça donne une prose parfois très émouvante. Comme cette lettre signée par le légendaire Gene Kelly et adressée à sa fille, alors qu’elle n’est qu’une toute petite enfant.

Lorsque les talents du cinéma prennent la plume pour écrire, ça donne une prose parfois étonnante, lucide, cruelle, drôle, émouvante, dévoilant aussi quelques fois les coulisses de la création d’un film, l’humeur de l’intéressé(e)… Ce dimanche, nous célébrons la Fête des Pères. Afin de mettre à l’honneur la figure de celui qui trouve toujours les mots pour rassurer, réconforter ou encore redonner confiance en soi, nous emprunterons les mots d’un père comblé, ceux de Gene Kelly. 

Véritable légende du cinéma hollywoodien et danseur hors pair, Gene Kelly (1912-1996) était également la parfaite illustration d’un père aimant. À sa première fille, Kerry, il adresse cette missive émouvante alors qu’elle n’est encore qu’une enfant. En partenariat avec le site DesLettres.fr, voici un extrait de sa lettre.

“Et Kerry, s’il te plaît, pour l’amour du Ciel, aies le sens de l’humour !”

Mars 1943

Chère Kerry,

J’ai du mal à attendre que tu sois assez âgée pour que je puisse te parler Kerry, et que toi tu me parles. J’ai beaucoup de choses à te dire et je veux être certain que tu me comprennes.

Mais peut-être que je ne devrais pas dire que je veux que tu grandisses. Tu es si jolie maintenant, ça m’inquiète déjà. Imagine à quel point je m’inquiéterai quand tu auras dix-sept ans…

Kerry, quand tu seras grande, j’espère que tu seras actrice. Si tu n’es pas actrice, j’espère que tu seras chanteuse ou danseuse… Parce que je pense que c’est la profession la plus géniale au monde, avec les gens les plus géniaux.

J’espère surtout que quand tu seras grande Kerry, tu pourras travailler à ce qui te plaît et élever tes enfants dans une époque moins pénible que celle que nous connaissons.

Et si, en grandissant, tu deviens actrice, je sais que tu travailleras dur et essaieras de bien faire. Parce que, crois moi, c’est seulement en essayant de très bien faire les choses que, même si tu échoues, tu te réaliseras et te plairais dans ton travail.

Je continue toujours à essayer d’être acteur, Kerry — et voici les choses que j’ai apprises en chemin : on n’est bon à rien quand on n’est pas honnête. Honnête dans tout ce qu’on fait : les études, les spectacles, l’attitude.

Si tu gardes cette honnêteté et cette sincérité dans ton travail, et que tu as un certain talent naturel, tu vas forcément apprendre quelque chose et devenir géniale.

… Mais c’est moi qui dois t’inculquer cette notion de sincérité. Même si pour ça, je dois l’écrire au fond de ton bol de céréales.

Sautons toutes tes jeunes années, Kerry — je sais qu’elles vont être très amusantes pour toi, ta mère et moi. Parce qu’après la guerre, nous allons voyager dans de petits endroits où nous sommes allés auparavant ta mère et moi, et que nous aimerions revoir. D’étranges petits endroits que presque personne ne connaît ou ne visite.

Peut-être qu’à ce moment-là nous pourrons aller passer un week-end en Chine ou ailleurs, en avion, et tu pourras voir tous les endroits que ton vieux père a toujours voulu voir, mais qu’il n’a jamais réellement réussi à visiter.

Et Kerry, s’il te plaît, pour l’amour du Ciel, aie le sens de l’humour. C’est une des bénédictions et des vertus que tu n’apprendras jamais au catéchisme. Mais c’est un don de Dieu aussi merveilleux que la foi, l’espoir et la bonté…

Sois toujours prête à sourire à tout et faire sourire les gens avec toi.

Et peu importe si ça fait démodé : n’oublie pas de travailler dur. Parce que peu importe que tu deviennes belle et brillante, tu n’accompliras jamais rien sans cela.

Sois gentille avec les gens, Kerry. Essais de ne pas les blesser. Mais ne te méprends pas : je ne veux pas que tu ne sois PAS une battante, et que tu ne luttes pas pour tes droits. Mais sois gentille. La chose la plus agréable au monde est de marcher dans la rue et que les gens te disent « Salut, content de te voir ! », en le pensant vraiment.

Laisse-moi te dire pourquoi j’ai voulu être acteur : je sais que, quand on est acteur, un bon acteur, on doit être artiste et regarder le monde de cette façon. Et quand on est artiste, un bon artiste, on fait beaucoup de bien.

Ton vieux père sait tout ça, parce qu’il voudrait faire ce métier pour cette raison. Espérons qu’un jour, il pourra vraiment dire qu’il est artiste.

Ne te laisse pas effrayer par les gens qui te diront que la vie d’actrice est dure, Kerry. Ou celle de chanteuse, de danseuse, ou de n’importe quelle autre profession théâtrale. Parce qu’elle l’est.

Mais tous ces coups durs et ces luttes — crois-moi, tu y feras souvent face si tu évolues dans le monde du théâtre ou dans un autre milieu similaire — sont bonnes pour toi. Et si tu gardes ce sens de l’humour dont je t’ai parlé, tu t’amuseras beaucoup aussi. Même quand les temps sont tristes.

De plus, être dans l’industrie du spectacle est toujours un frisson. Chaque nouveau film, chaque nouvelle pièce, chaque nouvelle comédie musicale, chaque nouveau ballet est une nouvelle aventure et marque le début de tout un monde nouveau. Et ça Kerry, c’est quelque chose. Parce que ça alimente l’intérêt pour l’humanité. Il faut rester intéressé… Je déteste me vanter de la femme que j’ai épousée — qui, par accident, se trouve être une de tes proches, Kerry, par le sang — mais une des choses que j’aime le plus dans le show business, c’est qu’il m’a permis de rencontrer ta mère, ma femme.

Quand tu seras un peu plus grande tu liras l’histoire de « Cendrillon » et d’autres contes de fées de jolies filles auxquelles de merveilleuses choses sont arrivées. Mais laisse-moi te raconter un vrai conte de fées réaliste qui ne cessera jamais d’être une source d’étonnement et de stupéfaction pour moi.

Je montais un spectacle pour Billy Rose à New York quand une jeune fille, rousse, avec des étoiles dans les yeux, est venue à moi pour un job en tant que danseuse dans le choeur. C’était une excellente danseuse. Elle a eu le travail. Quelques semaines plus tard, j’ai commencé à aller déjeuner avec elle, puis à l’inviter dîner, puis à la ramener chez elle le soir après le spectacle. Un soir, après le spectacle, nous avons croisé un de mes amis qui s’appelle William Saroyan et qui, après une conversation de cinq minutes, lui a offert le premier rôle dans une de ses nouvelles pièces, “The Beautiful People”.

Elle n’avait jamais joué de rôle sur scène auparavant. Mais il a été si impressionné par sa sincérité, son honnêteté et sa beauté évidente qu’il sut, dès la première fois qu’il l’a vit, qu’elle pourrait jouer cet excellent rôle dramatique dans son importante production, une grande pièce new-yorkaise. On dirait un de ces scénarios auquel personne ne croit dans les films — mais c’est bien arrivé à cette fille. Oui, cette fille était ta mère, Kerry, comme tu l’as déjà deviné je suppose. La pièce a été une réussite, et sa prestation aussi. Puis un autre de ces miracles que le théâtre rend possible est arrivé.

J’espère qu’il t’arrivera ce genre de choses merveilleuses en grandissant… Oui, c’est un monde merveilleux, Kerry, notre monde, celui du théâtre…

Je me souviens, maintenant, de ce que me racontaient ma mère et mon père sur leur enfance, les erreurs qu’ils ont faites et les choses qu’ils voudraient avoir la chance de recommencer — tout ça m’est par une oreille et est ressorti par l’autre…
Et me voilà père à présent, essayant de raconter à mon enfant ces choses que, sans aucun doute, mes parents m’ont déjà dites. J’espère que tu seras plus intelligente que ton père et que tu en retiendras quelques unes.

Lorsque j’allais à l’école à Pittsburgh quand j’étais petit garçon, j’avais toujours peur de faire quoi que ce soit de “différent”. Il fallait […]

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