Cannes 2017 – L’Amant double : François Ozon sous influence(s)

Huit mois après “Frantz”, François Ozon est déjà de retour sur grand écran avec “L’Amant double”, thriller érotique présenté à Cannes et dans lequel on ressent diverses influences. Lesquelles ? Réponse avec le cinéaste.

Dans L’Amant double, présenté en Compétition au 70ème Festival de Cannes en même temps qu’il sort en salles, il y a beaucoup de François Ozon, qui explore à nouveau le thème de la dualité, sur le plan physique notamment. Et comme l’avait précisé Thierry Frémaux au moment d’annoncer sa sélection, il s’agit d’un thriller “hitchcockien, de palmien et lynchien”.

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“Cronenbergien aussi”, ajoute le cinéaste en notre compagnie, non sans reconnaître que ces metteurs en scène ont pu avoir une influence sur lui : “Moi je suis un cinéaste cinéphile, donc je pense qu’il y a forcément des choses qui m’influencent et remontent, même inconsciemment.” Notre rencontre sur la Croisette était donc l’occasion de voir comment chacun a pesé sur son nouveau long métrage. Et de rajouter Fritz Lang dans la balance.

ALFRED HITCHCOCK POUR LA DUALITE

C’est vrai qu’Hitchcock c’est quelqu’un qui m’intéresse car il travaille sur le suspense. Il a vraiment théorisé et réussi à incarner l’idée du suspense dans ses films, donc c’est forcément une influence par rapport à L’Amant double qui est aussi construit comme un thriller. C’est également un film assez mental, donc j’ai très vite eu l’intuition que l’architecture allait jouer un rôle important dans cette histoire, que les décors allaient aussi me permettre de raconter l’intériorité du personnage [Chloé, jouée par Marine Vacth, ndlr].

Et quand on pense à l’architecture et aux décors, on pense aussi à Fritz Lang, qui a beaucoup travaillé sur des figures géométriques et du double, sur la symétrie aussi. Je dois avouer que je n’y avais pas vraiment pensé, mais maintenant que vous me le dites, effectivement.

FRITZ LANG (AUSSI) POUR LA PSYCHANALYSE

Oui c’est vrai. La psychanalyse et le thriller ont beaucoup de points communs puisque, dans les deux cas, il s’agit de faire une enquête pour essayer de découvrir un mystère. Quand on fait une psychanalyse, on s’interroge, on interroge son passé, ses rêves, ses fantasmes et ses relations familiales pour essayer de découvrir ce qui fait notre intériorité et notre mystère. Donc il y a beaucoup de points communs entre ces deux formes.

Fritz Lang a notamment mêlé thriller et psychanalyse dans “Le Secret derrière la porte” :

Le Secret derrière la porte – EXTRAIT VOST "Scène de suspense"

DAVID LYNCH POUR LE CAUCHEMAR EVEILLE

Pour moi c’est important que le spectateur soit confronté à des images qu’il faut toujours interroger. C’est-à-dire se demander si elles sont réelles ou de l’ordre du fantasme et du rêve. Ce qui m’intéresse, d’une certaine manière, c’est de brouiller la frontière entre les deux car je pense que les rêves et les fantasmes nous révèlent autant que nos actes et notre réalité.

Il y a donc ce jeu avec le spectateur que d’autres cinéastes ont déjà exploré, à l’image de Buñuel, qui a été très important dans mon parcours, ou plus récemment quelqu’un comme David Lynch, qui joue beaucoup sur le côté cauchemar éveillé où nous sommes un peu perdus dans notre perception des choses. C’est quelque chose que le cinéma permet et que je trouve fascinant.

DAVID CRONENBERG POUR LES JUMEAUX

Beaucoup de gens relient mon film à David Cronenberg, puisque ce dernier a parlé de la gémellité dans Faux-Semblants, que j’ai revu avant de tourner L’Amant double, et je me suis rendu compte que nos deux films sont très différents puisque lui raconte l’histoire du point de vue des jumeaux. Alors que ce qui m’intéressait, c’était d’être du point de vue de cette jeune femme, entre deux jumeaux. Et de permettre au spectateur de s’identifier à elle et de vivre ce qu’elle vit, et un peu sa confusion. Car face à ce qu’elle ressent pour ces deux hommes, elle ne sait plus, à un moment, qui est qui.

“Faux-Semblants”, ou quand David Cronenberg s’offre deux Jeremy Irons :

Faux-Semblants Bande-annonce VO

Faux-Semblants est-il le seul long métrage revu par le cinéaste pendant la préparation de L’Amant double ? “Je n’ai pas vraiment vu de films pour préparer celui-ci”, nous répond-il. “Il y en a dont je me suis souvenu mais je n’en ai pas particulièrement revu. Nous avons quand même discuté d’autres films avec le chef opérateur [Manu Dacosse, ndlr], mais c’était plus des extraits pour l’ambiance, car ça peut être une bonne source d’inspiration.”

“L’Amant double” est sorti ce vendredi 26 mai dans les salles françaises.

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