Marie Madeleine : un film très éloigné des textes bibliques ?

“Marie Madeleine”, sorti en salle la semaine dernière, dresse le portrait de la plus célèbre des disciples de Jésus. Le Père Dupont-Fauville, prêtre de Paris et critique de cinéma, nous éclaire sur les libertés que le film prend avec les textes.

Il y a une semaine, le 28 mars, Marie Madeleine sortait en salle. Le film, réalisé par Garth Davis (Lion) dresse le portrait de la plus célèbre des disciples de Jésus, Marie de Magdala, appelée aussi Marie Madeleine, Marie, ou encore Madeleine. On y découvre une jeune femme qui possède un don pour aider les autres femmes à accoucher, que l’on cherche à tout prix à marier et qui s’y refuse. Lorsqu’un homme qui accomplit des miracles croise son chemin, elle décide de tout quitter pour le suivre et échapper à son destin.

Le film se veut mû par un souffle résolument féministe : Marie Madeleine, jouée par Rooney Mara, est au centre du récit, c’est elle qui donne à Jésus la force d’avancer vers sa mort, elle qui le comprend, elle aussi qui la première le découvre ressuscité. Au détriment des textes ? Le film en est-il une bonne adaptation ? Afin d’interroger la fidélité ou non de Marie Madeleine avec les évangiles, nous avons demandé au Père Denis Dupont-Fauville, prêtre de Paris et critique de cinéma, de nous éclairer un peu.

Une adaptation à des années lumières des évangiles

Pour le Père Dupont-Fauville, de nombreux éléments posent problème. D’abord, le fait que Marie Madeleine soit une femme célibataire est inimaginable et tout bonnement impossible : « Une femme juive qui décide d’être célibataire à l’époque, c’est complètement inenvisageable », dit-il. Dans le film, Jésus est appelé auprès de Marie parce qu’elle a refusé le mariage et que sa famille la croit donc possédée. Dans les textes, elle est effectivement possédée et Jésus l’aurait exorcisée et libérée de sept démons : « Dans les écritures, il la délivre du démon, c’est d’ailleurs un peu pour ça que certains ont extrapolé en disant qu’elle était prostituée, alors que ce n’est aucunement mentionné dans les évangiles. Là, ils discutent cinq minutes et voilà, c’est aussi simple que cela. »

Il observe beaucoup d’incohérences et cite quelques exemples, tels que celui du baptême de Marie Madeleine : « Elle reçoit le baptême de la main de Jésus, or, on sait que Jésus ne baptisait pas lui-même. De plus, le fleuve Jourdain devient un lac. Et puis, lorsqu’ils marchent vers Jérusalem, il n’y a qu’une femme parmi les apôtres, alors que Jésus était entouré de nombreuses femmes ! » La représentation de Jésus, justement, a elle aussi beaucoup étonné le Père Dupont-Fauville : « On dirait qu’il a 50 ans. Heureusement que Marie Madeleine est là pour l’aider, car il a toujours l’air sur le point de s’effondrer. Et lorsqu’il chasse les marchands du temple, on a l’impression qu’il fait un caprice, on dirait un enfant qui pique une colère. »

Une bonne adaptation ne fait pas nécessairement un bon film, et une mauvaise adaptation ne fait pas nécessairement un mauvais film, mais le Père Dupont-Fauville est catégorique : Marie Madeleine ne suit pas du tout les écritures. En tout cas, les écritures reconnues par l’Eglise, car le film se revendique davantage comme une adaptation de l’évangile apocryphe de Marie, attribué à Marie-Madeleine. 

L’apôtre des apôtres

A la fin du film, un carton nous indique qu’en 2016, Marie Madeleine a été reconnue par le pape François comme étant une apôtre du Christ au même titre que les douze hommes. Plus exactement, il l’a désignée comme « apôtre des apôtres » en élevant au rang de “fête” le jour de la sainte Marie-Madeleine, qui n’était jusqu’alors qu’une “mémoire obligatoire”, qui correspond au degré inférieur à la fête dans les célébrations liturgiques. 

« Le terme apostolos, en grec, signifie envoyé, commente le Père Dupont-Fauville. Dire que Madeleine a été l’apôtre des apôtres est une formule qui signifie littéralement qu’elle a été envoyée aux envoyés (du Christ). Dans le contexte, elle est la première personne, selon les évangiles, a avoir eu une apparition du Ressuscité. Et c’est donc elle qui l’a appris aux apôtres, lesquels, après avoir vu le tombeau vide, se demandaient simplement qui avait bien pu prendre le corps. Elle a eu cette “dignité” [au sens d’égard]  extraordinaire, d’où ce titre surprenant. »

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La norme aurait voulu que le Christ apparaisse à un homme, donc à Pierre. Pour le Père Dupont-Fauville, c’est la preuve de la validité historique du fait que Marie Madeleine, une femme, a été la première à voir Jésus ressuscité : « Si on nous raconte un événement apparemment pas logique, c’est qu’il s’est vraiment déroulé. »

En réalité, on se rend compte que le titre d’apôtre des apôtres était déjà employé aux treizième siècle par le théologien et philosophe Saint-Thomas-d’Aquin. Aussi, en remettant cette expression au goût du jour, le pape a bien souhaité élever Marie Madeleine au même rang que les douze apôtres, dont le jour de célébration était déjà reconnu comme une fête et non comme une simple mémoire obligatoire. Dorénavant, le 22 juillet, jour de la sainte Marie-Madeleine, est une fête. 

La bande-annonce de Marie Madeleine, en salle depuis le 28 mars :

Marie Madeleine Bande-annonce VO

 

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