Kiddy Smile, victime de racisme au Festival de Cannes : “C’était très humiliant”

Le 21 juin 2018, Kiddy Smile et ses danseurs mettent le feu sur le parvis de l’Élysée lors de la fête de la Musique. Le jeune producteur et DJ français, dont le premier album One Trick Pony est un bijou, porte un T-shirt au message très politique : “Fils d’immigrés, noir et pédé.” Les répercussions sont énormes et lui échappent quelque peu. En septembre de la même année, dans On n’est pas couché, le chroniqueur Charles Consigny ose commenter “que dans certains milieux comme les médias, ce n’était plus un handicap pour réussir“.

Dans une longue interview accordée au magazine GQ, Kiddy Smile revient sur cet épisode, son enfance en banlieue, la portée politique du voguing et son militantisme contre les LGBTIphobies ou la grossophobie. Il évoque aussi le racisme structurel de notre société et les codes liés au genre encore bien ancrés. Il raconte par exemple sa venue à Cannes 2019, où il a été victime de racisme en bas des marches du palais.

On est allé jusqu’à me demander si ma tenue était un vêtement traditionnel ? Qu’est-ce qui pouvait le laisser penser ça, sinon ma couleur de peau ?

Ce soir-là, Pedro Almodóvar présente Douleur et Gloire. Kiddy Smile porte un ensemble fleuri, création du designer Nicolas Lecourt Mansion qui brouille les pistes entre les vestiaires hommes et femmes et qui vient de remporter le prestigieux Creative Label Prize de l’Association nationale pour le développement des arts de la mode (Andam). Avant d’accéder aux marches, ça coince pour l’artiste : “Manifestement, ça dérange. Soit on se moque de mes tenues. Soit, comme à la première du film, le protocole s’interpose. Un agent est allé jusqu’à me demander si ma tenue était un vêtement traditionnel ? Qu’est-ce qui pouvait le laisser penser ça, sinon ma couleur de peau ? Le mec me tutoyait et refusait de me laisser passer. Je me suis fait l’effet d’être un individu douteux arrêté pour fouille dans une boutique de luxe. Tout cela était très humiliant. Il a fallu l’intervention d’un autre agent pour qu’on me laisse monter. Au-delà de cette mésaventure, peut-être serait-il temps de se demander ce que le protocole compte proposer pour ceux qui ne rentrent pas dans le cadre.

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Ezra Miller, Billy Porter, Lena Waithe ou encore Cody Fern, autant de stars américaines qui redéfinissent ces codes, mais le protocole des marches est à la traîne : “On évolue dans un monde où la performance du genre est pesante, estime Kiddy Smile. Au Festival de Cannes, le protocole y était hyper strict : smoking pour les hommes, tenue de soirée pour les femmes. Or, le monde évolue et les gens ne se définissent plus de façon aussi binaire.” Quant à son goût des vêtements féminins, le DJ et danseur l’explique ainsi : “Longtemps, ce sont les seuls vêtements à ma taille que je trouvais un peu jolis. Chez les hommes, le choix se résumait à des T-shirts noirs et des jeans mal coupés.” Comme le souligne très simplement Kiddy Smile à propos de sa tenue cannoise, il cherche tout bonnement à être lui-même.

Retrouvez l’intégralité de cette interview dans le magazine GQ, en kiosques le 23 juillet 2019.

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